Biais rétrospectif (hindsight bias) : définition et exemples
Le biais rétrospectif, ou hindsight bias, est la tendance à juger un événement plus prévisible après en avoir appris l’issue qu’il ne l’était réellement avant. Une fois connu le résultat d’une élection, d’un match ou d’un placement, il paraît évident, et l’on se souvient de ses propres attentes comme plus proches de lui qu’elles ne l’étaient. C’est l’un des biais cognitifs les plus étudiés.
Les premières expériences
En 1975, Baruch Fischhoff a montré que des personnes informées de l’issue d’un événement historique la jugeaient plus probable que des personnes non informées, sans se rendre compte de cette influence. La même année, Fischhoff et Ruth Beyth ont recueilli des prévisions sur les voyages de Nixon en 1972 ; ensuite, les étudiants se souvenaient d’avoir donné des probabilités plus élevées à ce qui s’était produit.
Des banquiers à Toulouse, Londres et Francfort
Bruno Biais (Université de Toulouse) et Martin Weber (Université de Mannheim) ont modélisé le biais en 2009 : un agent qui « le savait depuis le début » sous-estime la volatilité. Chez 66 étudiants de Mannheim, le biais réduisait bien les estimations de volatilité, et parmi 85 banquiers d’affaires à Londres et Francfort, les plus biaisés obtenaient de moins bons résultats.
Une comparaison entre cultures, avec des chercheurs lyonnais
Hiroshi Yama, Hugo Mercier, Jean-Baptiste Van der Henst et leurs collègues ont soumis des participants français, britanniques, japonais et coréens à des jugements de probabilité, dont un scénario de bon Samaritain. Les participants d’Asie de l’Est montraient en général un biais plus fort. Les auteurs concluent que les participants occidentaux tentaient surtout de suivre une règle pour réprimer le biais.
Trois formes du biais
- Distorsion du souvenir : « Je l’avais dit. »
- Inévitabilité : « Ça devait arriver. »
- Prévisibilité : « Je savais que ça arriverait. »
Le volet mémoire rapproche ce biais des faux souvenirs. Une méta-analyse de 2004 portant sur 95 études a trouvé un effet moyen de d ≈ 0,39, plus grand avec des questions de culture générale qu’avec des événements réels.
Comment le réduire
- Noter ses prévisions avant, avec date et raisons.
- Se demander ce qui aurait pu arriver d’autre.
- Juger une décision d’après ce que l’on savait alors.
Voir aussi le biais de confirmation et le biais des coûts irrécupérables.
À propos de cette page
Cette page résume des recherches publiées à titre d’information générale ; ce n’est pas un conseil juridique, médical ou financier. Le test d’IQ Revealed est un test de raisonnement en ligne de 40 items originaux pour les adultes de 18 ans et plus ; il ne mesure pas le biais rétrospectif. Voir comment fonctionnent les tests de QI. IQ Revealed n’est affilié à aucun des chercheurs, universités, instituts, revues ou éditeurs cités ; les noms servent uniquement à identifier les travaux.
Questions fréquentes sur le biais rétrospectif
Qu’est-ce que le biais rétrospectif (hindsight bias) ?
C’est la tendance à juger un événement plus prévisible une fois qu’on en connaît l’issue qu’il ne l’était réellement avant. On parle aussi d’effet « je le savais depuis le début ». Les chercheurs y distinguent trois volets : se souvenir de sa prévision comme plus proche du résultat, croire le résultat inévitable et penser qu’on aurait pu le prévoir soi-même.
Quel est un exemple de biais rétrospectif ?
Avant les voyages du président Nixon en Chine et en Union soviétique en 1972, Baruch Fischhoff et Ruth Beyth ont demandé à des étudiants d’estimer les chances de divers événements. Après les voyages, les étudiants se souvenaient d’avoir donné des probabilités plus élevées à ce qui s’était effectivement produit. Au quotidien : dire « je l’avais bien dit » après un match, une élection ou une chute de la Bourse.
Le biais rétrospectif est-il le même partout ?
Pas tout à fait. Une étude de 2010, à laquelle ont participé Hugo Mercier et Jean-Baptiste Van der Henst de l’Institut des sciences cognitives de Lyon, a comparé des participants français, britanniques, japonais et coréens. Les participants d’Asie de l’Est ont montré en général un biais plus fort ; selon les auteurs, les participants occidentaux cherchaient davantage à suivre une règle pour le réprimer.
Les personnes plus intelligentes y échappent-elles ?
Les données sont minces. Une revue de 2007 place l’intelligence parmi les traits les plus liés à l’ampleur du biais, mais signale des mesures parfois peu fiables et de petits échantillons. Personne n’est immunisé : une étude portant sur 194 personnes de 3 à 95 ans l’a observé à tous les âges.
Comment réduire le biais rétrospectif ?
Noter ses prévisions avant l’issue, avec la date et les raisons, puis comparer avec l’écrit plutôt qu’avec sa mémoire. Avant de juger une décision passée, se demander ce qui aurait pu arriver d’autre et ce qu’on savait alors. Un simple avertissement sur le biais ne suffit généralement pas.
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